Lisières, Carnets 2009-2012

espinose-lisieres

Éditeur : Éditions Orizons

Résumé :D’une écriture bien  » frappée  » et d’une saisissante clarté, Raymond Espinose déroule ici le ruban d’une existence où discipline et ascèse, amour de la vie et exaltation de la beauté du monde se lient dans une quête sans concession d’un inatteignable absolu.

15 Comments

  1. Commencé hier Lisières.
    Beaucoup de charmes. Non pas dans le sens de charmant, mais de sort(s), d’envoûtement(s).
    Il faudra qu’on discute de la liberté.

  2. J’aime cette sèche lucidité alternée de pleine nostalgie.
    Et puis le temps qui passe, qui a passe… Comme le temps passe ! Carnets, mémoires, journaux, sont toujours les plus mélancoliques des oeuvres. Et Lisières n’y contrevient pas.
    Sais-tu que tu es très éliadien (voir Gaudeamus et le Roman de l’adolescent myope) ? Dans cette volonté (obsessionnelle, inhumaine) de s’appartenir, d’être essentiel et d’essentialiser, d’être au-delà de soi. A bientôt pour la suite.

  3. Je note, dans Lisières, la sourde présence de l’invisible.
    De l’invisible, je ne sais plus trop quoi penser. J’inclinerais à dire qu’il n’y a ni visible ni invisible, qu’il n’y a que l’opaque

  4. J’ai bien reçu votre livre et vous en remercie vivement. Déjà « grappillé » en ses pages. Et me suis vite trouvé en terrains connus. Celui de la passion pour la littérature. Mais aussi des attaches à Montpellier, où j’ai vécu et continue de me rendre quelquefois. Egalement d’intéressantes et riches réflexions sur la vie, le temps qui passe, l’anarchie (Stirner!).
    Je vais me plonger dans ces Carnets dès que possible : assurément une bonne et saine lecture pour cet été.
    Souhaitez-vous que je vous fasse parvenir les miens en retour ? Bien cordialement.
    N.B. : Raymond, n’est-ce pas le « Roi du Monde » ?

  5. Je me réjouis de te voir évoquer Edouard von Keyserling, dont j’avais lu tout. La vie comme un été, le soleil tragique, la tragédie, violente certes mais sous les dehors mièvres des parcs et des jardins.
    Et puis Les vestiges des jours. Intolérablement mélancolique. La vie qui, quoi qu’on en fasse, n’a d’autre sens que celui que lui donnent les souvenirs. On est tous, un jour, comme ce couple qui se retrouve à prendre le thé sur la jetée pluvieuse d’une plage anglaise. Rien de plus.
    Et Lisières est à l’image de cet auteur et de ce film. L’été des souvenirs et la pluie de la vie. Et entre, la belle littérature.

  6. Je vous fais donc parvenir mes Carnets, où je n’épargne pas, moi non plus, mes connaissances et jusqu’à mes amis, quoique toujours avec le vif sentiment des moments partagés qui émaillent ces pages. Je n’évoque pas ou peu ceux-là qui m’ont déçu.
    J’ai commencé à lire Lisières (parvenu à juin 2009) et je suis agréablement surpris. Car… mais vous jugerez pas vous-même en me lisant.
    Mircea Eliade. J’ai surtout apprécié de lui ses essais (journaux et romans m’ayant peu accroché). Je suis néanmoins certain que dans Lisières (où j’ai pu constater que, comme moi, vous avez perdu des pages de notes…) je nous trouverai des lectures communes et plus encore.

  7. C’est vrai que les lieux, pour commencer, nous rapprochent… et nous tiennent, car nous y sommes fidèles et sensibles. Hormis ce grand Midi, locus amoenus, je suis autant surpris que vous de trouver autant de similitudes, de passions communes (hormis le vin sur quoi votre discours est beaucoup plus radical que le mien) dans Lisières et Midi. Nous goûtons la beauté, respectons le précepte du ne quid nimis (pas toujours facile, pour moi!) et nous nous dressons volontiers face, ou contre, la médiocrité ambiante. Il y a également ces interrogations sur vos projets d’écriture, les titres à donner à vos prochains opus… Cela vous tient préoccupé à un point que j’imagine évidemment puisque j’en ai l’esprit autant sollicité que vous. Je partage également vos vues pour ce qui est du monde très fermé de l’édition. Copinage, etc. Confirmé par mon éditeur lui-même.
    Etonnement encore : ces livres que nous avons lus et aimés. Lowry, Jünger, Stirner – ce n’est pas courant de lire Stirner. Pour Léo Malet, j’avais noté (ainsi que pour Mimsy Farmer !).
    Comme vous, je ne me suis jamais laissé encarter.
    La solitude, oui, encore un point qui nous rapproche. Nous savons composer avec elle et, surtout, la choisir et non pas la subir. Mais je n’ai pas encore terminé la lecture de vos Carnets (p.279), et je vous en reparlerai.
    Bien amicalement.

  8. Achevé la lecture de vos Carnets.
    Encore des « procédés » que nous avons en commun, comme quand vous notez les passages supprimés de vos écrits…
    Entièrement d’accord avec ce que vous écrivez sur Brassens (p.83). Qui était bien plus qu’un « carabin ». Un être indépendant, non « récupérable » … ce qui rejoint assez ce que vous écrivez, entre autres, p.316 : « Je veux avancer sur mon propre chemin intérieur […] » Et aussi p.429 : « Il faut lutter contre les pressions extérieures qu’exerce l’esprit du temps, etc. »
    Mais je suis d’accord sur bien d’autres points comme vous avez pu le constater.
    Je note toutefois que, si vous parlez aussi de détachement, vous restez très attentif à une certaine actualité, notamment la situation en Libye, en Palestine, et l’élection présidentielle.
    Enfin, un sensible changement « se fait jour » à partir de l’année 2012, où vous commencez à décrire vos journées. Ce qui était peu le cas auparavant, de manière moins détaillée en tout cas (et vous montrant plus attaché au passé, à votre « livrée »).
    Très heureux d’avoir découvert ces Lisières de haute tenue.
    Avec mes meilleures pensées.

  9. Françoise Burg, Professeur de Lettres et licenciée en psychologie
    Françoise Burg, Professeur de Lettres et licenciée en psychologie 23 août 2013 at 15 h 08 min . Reply

    Mes impressions à chaud :
    1. Grande culture littéraire et philosophique qui m’impressionne.
    2. Volonté exceptionnelle qui fait de toi un ascète intellectuel et volonté qui s’exerce aussi sur ton physique : volonté qui m’apparaît comme une sorte de « cilice » ; je sens aussi de « l’invisible » .
    3. Une jeunesse heureuse, de beaux souvenirs, une nature évoquée avec un lyrisme qui me touche (sorte de douceur que tu accordes à ton lecteur ou à toi même dans ces passages descriptifs). Impression dominante d’une grande force ; j’ai ressenti un orgueil fort, proche du défi (adressé à qui ? à la face du monde?) parfois dans des assertions.
    4. Des souvenirs ; le temps qui passe et que tu sertis dans tes lignes.
    5. Ton titre est super mais réservé à des initiés…

  10. Françoise Burg, Professeur de Lettres et licenciée en psychologie.
    Françoise Burg, Professeur de Lettres et licenciée en psychologie. 25 août 2013 at 19 h 20 min . Reply

    Livre épais, pensées prolixes, commentaires d’auteurs… Tu te dis, te définis, te secoues, t’encourages, te construis un « moi » pudique qui se montre et en même temps se livre peu car tu gardes ta cotte de mailles. Aucun pathos, de la dignité, de la force. Tu es « chevalier » de la littérature et, puisque je suis dans les images, une sorte de Don Quichotte à la poursuite de « l’inaccessible étoile », un Cyrano de Bergerac avec son élégance et son panache. Tu es un lutteur, un guerrier à l’assise ferme et à l’âme d’airain. Tu es un ascète : ascèse physique (nourriture, boisson, exercices physiques) et même si tu dis que l’ascèse est ton ivresse (p. 129), elle contribue à fortifier tes défenses et ton ivresse n’a rien d’émollient.
    Ascèse intellectuelle par cette écriture quotidienne, et même si l’écriture t’est facile, naturelle, elle signifie solitude, séparation aux autres et tu es exigeant. En janvier 2012, trop grande souffrance pour écrire, dis-tu. Le boxeur est sonné ; heureusement tu récupères, réécris et tu l’as décrété : tu ne te « démaquilles jamais au moral ».

    J’aime beaucoup tes descriptions de la nature, qui, la forme de tes carnets s’y prête, commencent parfois par des notes, des énumérations puis la phrase prend son envol, se délie. D’où, selon moi, il te faut le roman pour l’ampleur des « phrases vagues ». Enfin, je pressentais de l’invisible dans ton livre et j’ai découvert des pans d’une personnalité de mystique. La spiritualité guide souvent ton écriture. La quête de ton « noyau », de ton « moi au-dedans » comme l’ambre précieuse. Tu as besoin de quelque chose de dur pour parler de toi. Mystique, me semble-t-il, par le doute qui t’étreint (p. 163), par les passages dans la nuit, par tes illuminations, tes éclairs (p. 182, 183, 206). Le mot « foi » est un mot récurrent, même si tu lui donnes plusieurs sens et un sens très personnel d’objectif, de « but fixé ».
    J’espère que ce but continuera pour toi à rester en vue et que tu poursuivras longtemps cette quête avec ce souci constant de dépassement. Heureusement, l’écriture permet d’aborder des rivages toujours nouveaux et l’écriture spirituelle permet de tout recréer.

  11. Il y a dans ces trois années de carnets un foisonnement d’idées et de réflexions sur de nombreux sujets : les arts en général avec en point d’orgue la vraie littérature, la vie politique, l’économie, les faits de société mais également quelques pensées bien senties sur les amis qu’il ne faut pas toujours ménager.
    Cet ouvrage fait aussi la part belle aux souvenirs d’enfance et d’adolescence qui restent prégnants. Ainsi, les passages « ma livrée » sont d’une richesse et d’une sensibilité remarquables.
    Enfin, il règne dans ce livre une sorte de légèreté (ce n’est pas péjoratif !), un optimisme de bon aloi malgré le constat implacable du temps destructeur, des pensées tels des aphorismes à méditer pour inciter à la réflexion.
    Certes, c’est un ouvrage personnel, intime, une oeuvre de diariste mais c’est avant tout un véritable travail d’écriture maîtrisée.

  12. Dans le journal intime il n’y a pas souvent de fil rouge, le « au jour le jour » empêche les reconstructions. Ton texte est intéressant et périlleux parce qu’il va au-delà , avec cette attitude à vouloir re-lier, mettre en rapport, confronter peut-être, le passé et le présent ; périlleux car, comme tu le dis, le passé n’existe pas (p.185) et qu’il est une construction que l’on ne maîtrise pas avec des matériaux quelque peu friables. Comme dans l’autobiographie on essaie alors de dérouler un fil rouge dans le labyrinthe de nos vies chaotiques, comme pour revenir aux sources… et trouver une cohérence. Mais écrire, c’est toujours prendre des risques.

    NB. : Intéressant, quand on fait un balayage sur une vie, de voir comment les « possibles » se réalisent ou se délitent.

  13. Geoffrey Firmin, Consul à Quauhnahuac (Cuernavaca), Mexique.
    Geoffrey Firmin, Consul à Quauhnahuac (Cuernavaca), Mexique. 5 novembre 2013 at 22 h 52 min . Reply

    La dimension autobiographique qui a pour cadre Le Bousquet d’Orb ne peut pas me laisser indifférent. Je te trouve bon dans le pamphlet. Ton goût pour la satire me ravit mais j’ai trop aimé le Grand Georges pour ne pas te trouver dur avec lui. Il aimait dire : « Une chanson n’est qu’une chanson, il ne faut pas toujours y voir autre chose que des mots et de la musique. » Pour moi, ce n’est pas tout à fait vrai, bien sûr. Quant à toi, tu atteins l’excellence lorsque tu parles de l’autocrate au chapeau : ton père. Nous avions toi et moi, pour des raisons différentes, un point commun : nous étions en opposition avec sa façon d’être.
    Je crois que tu dois beaucoup à la littérature. En te lisant j’ai la certitude que tu le lui rends bien. Tu restes un chantre du pur et de la liberté. Je te félicite pour ton travail.
    Bien du bonheur.

  14. Je viens juste de commencer vos Carnets.
    Ils me semblent éviter l’intime et lui concéder pourtant une part substantielle. Vous cherchez la concision tout en disant plus que les mots ne manifestent.

  15. J’ai continué le parcours de vos Lisières qui tissent réflexions sur la liberté et le rapport aux autres, évocation de souvenirs d’enfance ou de moments heureux, et regret devant le monde comme il va, amertume même face au spectacle de la société qui est la nôtre.
    La question qui s’impose à moi, à vous lire, est celle de l’enjeu de ces notes intimes. Bien sûr, leur écriture est une drogue, comme la lucidité qu’elles transcrivent, et cela seul peut les justifier. En réalité, on sait bien que le public est là dès qu’on pose le stylo sur la feuille. J’ai le sentiment de mémoires au quotidien, d’un message à transmettre, composé pour un lecteur qui vous reconnaîtra et peut-être s’y reconnaîtra.
    Mais vous n’aidez pas le lecteur: votre texte est tout en allusions, en ruptures thématiques. Et le tressage de la réflexion libertaire et de l’aveu intime effleuré me laissent sur ma faim.
    Je souscris à l’analyse de votre ami psychanalyste quand il parle du risque couru dans l’écriture personnelle: le risque que vous courez est celui d’affamer le lecteur et de le laisser sur sa faim. Pourquoi cette révolte sans attaches, quel lien avec une nostalgie que pourtant vous dénoncez chez Vialatte ? pourquoi affirmer « je suis rescapé de ma jeunesse » sans la raconter vraiment, sans évoquer ce qui vous en sépare ? Vous tenez trop votre récit quotidien en lisière. Vous vouliez supprimer les passages où vous tournez autour de votre moi mais vous constatez vous-même que celui-ci revient au galop. C’est bien cette distance, ce vide dans le récit de soi qui donnent l’impression d’un entre-deux de l’aveu.

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