Plus jamais nulle part

Espinose - PlusJamaisNullePart

 Éditeur :  Sous ALEXIPHARMAQUE éditions – Collection : Les Narratives

 Résumé : Dans l’at­tente d’un ren­dez-vous, peut-être déjà manqué, peut-être sim­p­le­ment dif­fé­ré, Serge Fou­ras­tié pro­mène, déa­m­bule en ville. Le temps per­du de l’at­tente fa­vo­rise l’évo­ca­tion du pas­sé, cet autre temps per­du ; quand les lieux de la déa­m­bu­la­tion, rues, ca­fés, ter­rasses, sont aus­si au­tant de lieux de mé­moire.
Ce sont alors des sou­ve­nirs, d’autres ren­dez-vous, d’autres amours, d’autres jeunes femmes, des ins­tants, des fins d’ap­rès-mi­di de mai ; et ce sont des ana­lyses, lu­cides et à la fois non­c­ha­lantes, sur les idéaux qu’on n’a plus et les at­ti­tudes auxquelles on reste fi­dèle (ou in­ver­se­ment), sur le for in­té­rieur qu’on op­pose à tout, sur hier et aujourd’hui et la con­f­ron­ta­tion des gé­né­ra­tions, sur la lit­té­ra­ture et le dé­c­lin.
Ray­mond Es­pi­nose ex­p­lore les thèm­es qui lui sont chers.
Et l’éc­ri­ture en est fluide, lé­gère comme un par­fum de se­rin­gat, qui pour­tant s’écoule vers l’inexo­rable : plus ja­mais nulle part.

33 Comments

  1. Pierre C
    Pierre C 1 juin 2017 at 23 h 16 min . Reply

    Je n’ai pas boudé mon plaisir à suivre les pérégrinations citadines et temporelles de Serge Fourastié ; en effet, j’ai été séduit par la construction de l’intrigue où le personnage, à la faveur d’un rendez-vous différé et de quelques petites « madeleines » — un laurier-rose, un lieu, une adresse –, se remémore un temps à jamais perdu, pour dessiner le portrait de l’homme qu’il fut : notamment, il a joui avec excès de la vie dans sa jeunesse, et aimé que la poésie et la littérature exhaussent ses expériences vécues.

    L’écriture y est, comme à l’accoutumée, gouleyante, jouant sa petite musique « espinosienne », coulant de source — à l’image de celle qui dévale la pente, avec naturel et allant.

    Belles citations — en exergue du roman — que celles de Rezzori et Jarry.

  2. Favrit
    Favrit 2 juin 2017 at 19 h 19 min . Reply

    Eté en immersion dans ton roman. Avoir lu Distances un peu avant donne des clés. Tu ne peux pas dire que tu n’es pas Fourastié, même si tu brouilles les pistes entre passé et présent. Espinose qui traverse le roman et Fourastié sont bien trop semblables, par leur mode de vie, leurs activités, leur mode de pensée. Quoi qu’il en soit, je note encore et toujours des similitudes entre nous. Il est vrai que notre époque était plus libre, moins puritaine (on aurait pu penser au moins ne pas régresser sur ce point), qu’il n’y avait pas le sida, etc. Nous en avons déjà parlé moult fois.

    Ecrire que tes deux livres (ta dédicace « en harmonie » en dit beaucoup à elle seule) m’ont parlé est en dessous de la vérité. Ils ont résonné en moi de la façon la plus signifiante et significative. Je me suis enthousiasmé sans doute aussi car je ne suis pas un lecteur ordinaire et que je te connais. Des épisodes, des réflexions émises par ton personnage n’atteindront évidemment pas certains esprits, trop bienséants, dont la fantaisie, le goût de la liberté et le questionnement permanents ne sont pas la marque de fabrique.

  3. Arnaud B
    Arnaud B 3 juin 2017 at 21 h 08 min . Reply

    C’est vrai que de croiser Espinose en personnage est un plaisir de lecture, et une facétieuse mise en abîme.

    Ces thèmes, ces goûts, ces lectures que vous partagez, Favrit et toi, se partagent aussi en Montpellier. On pourrait presque parler, comme courant littéraire en quelque sorte, d’une école de Montpellier.

  4. Sylvain Fourcassié
    Sylvain Fourcassié 6 juin 2017 at 9 h 24 min . Reply

    Je viens d’achever « Plus jamais nulle part », auquel je souhaite tout le succès qu’il mérite.
    Car le livre, fort bien troussé, se lit avec plaisir, comme l’on boit un diabolo-menthe « en terrasse ».
    J’en sors impressionné par le narrateur — assez content de lui en vérité.
    À peine me risquerai-je à cette remarque (je sais que tu ne m’en voudras pas) : je me demande si tu n’aurais pu aller plus avant dans la dialectique Espinose-Fourastié.

  5. Bruno Robaly
    Bruno Robaly 11 juin 2017 at 11 h 58 min . Reply

    Avec « Plus jamais nulle part », Raymond Espinose nous livre à nouveau un petit livre d’intranquillité. La déambulation de Serge Fourastié, personnage central (le terme de héros serait en effet impropre), permet à l’auteur de revisiter ses habituelles questions intimes mais aussi sa ville d’adoption – les Palois s’amuseront à reconnaître leurs lieux familiers dans la cité peinte par le romancier. Ce dernier point ne relève pas de l’anecdote : le monde vieillissant de Fourastié se rétrécit à une poignée de kilomètres carrés et à la distance qui sépare son nombril de celui de sa jeune amante, Léa.

    La jeunesse aspire encore aux grands espaces, sûrement pour fuir les années à ses trousses. Et quand Léa n’est pas là (serait-elle partie prendre un peu l’air ?), Fourastié manque d’oxygène dans son univers étriqué : sevré de chair fraîche, le vieux lion n’a plus l’énergie de conquérir de nouveaux espaces – une allégorie du travail de l’auteur ? Alors il revisite son passé et y cherche (un peu vainement) des enseignements pour éclairer son désarroi et calmer son angoisse.

    Une nouvelle fois, le lecteur retrouve le style Espinose, accroché au mitan du XXe siècle, avec ses tournures et formules un peu désuètes, pleinement assumées (où nous croisons « brave dame » et « maîtresse des lieux »…). Nous sommes ici très loin de l’énergie brute et de l’électricité d’une Virginie Despentes, par exemple. Pour saisir l' »épaisseur humaine », l’auteur affûte « son » style, qu’il entretient souple et léger par l’exercice quotidien. Raymond Espinose s’amuse aussi de son penchant pour le sentencieux, qui parfois leste ses pages : comme lui, souvent Fourastié « répond, comme il sait si bien le faire, par une formule définitive ».

    En matière de fiction autobiographique (nos contemporains parlent désormais d’autofiction…), Raymond Espinose s’y connaît. Il s’amuse avec son miroir, invite Fourastié à sa table, lui offre son enfance au Bousquet-d’Orb et sûrement quelques autres penchants ou bribes de souvenirs. Peut-être faut-il lire « Plus jamais nulle part » en parallèle avec « Distances », le second volume des carnets de l’auteur qui vient également de sortir, et qui couvre la période précédant l’accouchement du roman.

    On y trouve les mêmes interrogations sur la fidélité, la jalousie, l’amitié, l’hygiène de vie, la liberté, la politique, le temps qui passe et les idéologies qui trépassent… L’horloge biologique marque-t-elle obligatoirement, à partir d’un certain âge, « l’heure de l’angoisse crépusculaire » ? Faut-il se résoudre à accepter que l' »on échoue toujours, de quelque manière qu’on conduise sa vie » ? Ou que « la sagesse n’est pas dans le mouvement : elle est dans la stagnation ? ». Pas sûr.

    De Rome, Fourastié-Espinose n’a pas gardé l’ambition des César mais quelques lumières d’un stoïcisme bon teint, désormais plus conservateur qu’exhausteur de goût. Certains diront que l’ancien anar a pris de la bouteille, que le libertaire a replié ses ailes et fermé les fenêtres. « Rien de trop », donc, si ce n’est ce petit désir, cet amour – « le lien des liens », nous rappelle Giordano Bruno – qui n’aspire finalement qu’à ne s’échouer « plus jamais nulle part ». Et si possible loin des rouleaux et des écueils de l’océan, si on a passé l’âge. Nous avons connu des horizons plus larges, plus ouverts au vent du large.

    Reste le plaisir, simple, littéraire, d’avoir des nouvelles d’un ami qui nous précède dans la vie et – peut-être – nous montre la voie. Et qui peut légitimement, par la qualité et l’amplitude de son travail, lancer au journaliste : « Sutor, ne ultra crepidam ! ». Cordonnier, pas plus haut que la chaussure, en effet. Raymond Espinose impose ici la primauté du créateur sur le faiseur, et gagne comme à chaque fois le respect.

  6. Aube L.
    Aube L. 12 juin 2017 at 21 h 55 min . Reply

    J’ai surtout vu dans ce récit la volonté de Léa de respirer, de trouver les moyens, en fille libre d’aujourd’hui, de se dégager de temps à autre de Fourastié, même si elle éprouve « quelque chose » (on veut l’espérer en tout cas) pour lui. Bref, il me semble que c’est le thème de la liberté qui est traité dans ce roman. On le voit aussi dans le rapport de Fourastié à sa femme. Elle mène une vie indépendante.

    Je crois que dans ses carnets, l’auteur, évoquant la rédaction de son futur livre, dit qu’il souhaiterait montrer « le ramollissement de l’homme dans les amours séniles ». Il me semble que l’objectif est atteint.

    Aube.

  7. Maryam Vichensky
    Maryam Vichensky 13 juin 2017 at 10 h 19 min . Reply

    Je suis d’accord avec Aube.

    C’est vrai que si on compte les « scènes » où le narrateur montre que Léa est en train de lui échapper (présent), les scènes où il raconte qu’elle lui a échappé (passé) et les scènes où il sous-entend qu’elle lui échappe (sorte de présent duratif), ça fait beaucoup.
    C’est plutôt bien vu, je trouve.

    Il y a aussi tout une page sur des filles indépendantes qui voyagent seules, en aventurières.
    Et la vieille voyageuse solitaire, vers la fin, à la table de restaurant, qui lit je sais plus trop quoi.

    Aube a raison, au final ça fait un livre sur la liberté des femmes.

    Vive Léa ! vive Marie-Ange ! Et vive les femmes !

    Je t’embrasse, Aube, on se prend un pot ?

  8. Françoise
    Françoise 17 juin 2017 at 19 h 03 min . Reply

    J’ai lu ton roman avec assez de facilité ; en effet la lecture de Distances (que je n’ai pas encore terminée) montre comment ton travail quotidien, ton ascèse de réflexions écrites au gré d’une lecture, d’une discussion avec un ami (sacrés Arnaud et Sylvain), d’un rêve, de souvenirs peut éclore romanesquement et faciliter l’approche de ton lecteur.

    J’ai coché des passages pour t’écrire plus longuement sur ces deux ouvrages ; actuellement, état de bribes…

    Exorciser tes peurs (que chacun éprouve plus ou moins fort) de la vieillesse, de la mort : il m’a semblé que c’est ce que tu faisais en écrivant ton roman.

    Oui, la littérature est un laboratoire des possibles et « prend en charge nos illusions ».

    Et puis, l’âge venant, je me rends compte que même si nous revendiquons notre liberté de pensée et d’action, nous sommes bien les jouets de nos hormones !

    Enfin, toi qui n’aime guère l’humour, j’ai trouvé que tu plongeais ton personnage dans des situations cocasses qui m’ont bien fait rire.

  9. Rémi
    Rémi 20 juin 2017 at 14 h 19 min . Reply

    Bien que ton personnage principal partage avec toi un certain nombre de traits que tu développes dans tes écrits autobiographiques, Fourastié reste assez énigmatique pour moi ; son périple m’a paru toujours dominé par la nostalgie et une grande amertume ; et j’ai regretté qu’aucune femme, aucun événement, ne parvienne à troubler son âpreté, qui me semble régner sans partage sur le roman.

  10. Bérangère Bonnaventure
    Bérangère Bonnaventure 10 juillet 2017 at 14 h 51 min . Reply

    J’ai trouvé touchant ce roman qui exploite le thème du nevermore.
    Le personnage principal évoque ce qui a disparu et ne reviendra plus.

    Le macho se fragilise ; il ne comprend pas les changements ; c’est un homme d’hier.
    Léa n’a pas l’air ferme en ses assises ; elle est flottante ; c’est une fille d’aujourd’hui.

    Plus jamais nulle part est aussi un roman aux ambiances proustiennes.
    Par la présence importante de jeunes filles (Cf. « Premier séjour à Balbec ») mais aussi par cette volonté de faire revivre le passé (Cf. Le temps retrouvé).

    Le style est limpide et régulier, mais aussi insinuant.
    L’ensemble baigne dans la mélancolie.

    Bérang. Bonnav.
    dite Bébée

  11. Francis Labarthe
    Francis Labarthe 10 juillet 2017 at 14 h 52 min . Reply

    Sans vouloir établir de comparaison entre les deux ouvrages qui sont d’un genre littéraire différent, il est indéniable que les carnets Distances ont apporté le matériau nécessaire à la construction du roman Plus jamais nulle part.

    Ce roman montre de façon singulière l’emprise de l’état amoureux du personnage principal Fourastié, pourtant attaché à son indépendance et à sa liberté qu’il considère nécessaires à son épanouissement. En fait, Plus jamais nulle part est porteur d’un pessimisme optimiste. Cet oxymore peut justifie l’état d’esprit de Fourastié soumis à des sentiments contradictoires lors de son errance citadine provoquée par ce trou de mémoire qui le déstabilise et l’interroge. Il est, en quelque sorte, livré à lui-même et il doute de ses capacités puisqu’il se traite de vieux. J’ai d’ailleurs songé à ce moment-là au roman de Romain Gary Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable qui aborde justement le processus du vieillissement.

    J’ai noté enfin le clin d’œil fait au lecteur lorsque Fourastié rencontre Espinose l’auteur de l’ouvrage qui se met en scène tel Alfred Hitchcock dans certains de ses films. Evidemment, nous n’avons pas affaire à Montaigne et La Boétie, deux amis intimement liés, mais plutôt à l’impression que Fourastié rencontre son double, son alter ego, professeur comme lui. Dès lors, ce subtil subterfuge nous permet –- du moins on peut le croire –- d’entrevoir la personnalité de l’auteur par l’intermédiaire de son personnage principal. Une façon comme une autre de brouiller les pistes.

    Ainsi, les fils de l’intrigue se croisent, s’entremêlent et il ne reste plus qu’une sorte de toile tissée tendue vers Léa pour la retenir, voire la contraindre comme le suggère la conclusion du roman qui reprend le titre du livre. Cette exigence émise par Fourastié signifie qu’il n’y a plus de temps à perdre à folâtrer car le temps restant est trop précieux pour être gaspillé.

    Francis Labarthe.

  12. Marianne V.
    Marianne V. 10 juillet 2017 at 18 h 54 min . Reply

    Roman d’un pessimisme noir.
    Léa n’est pas du tout émancipée mais prisonnière de son déterminisme.
    Fourastié est à plaindre ; il va aller de souffrance en souffrance car il n’assume pas son âge et tout ce qui va avec. Il pense se sauver alors qu’il se perd. Sa devise pourrait être : « Quand on est fourvoyé faut s’enfoncer ». Comme le dit je crois Rémi dans son commentaire : aucune issue.
    De la mélancolie entre les mots et les maux.

  13. Bernard Castagnet
    Bernard Castagnet 12 juillet 2017 at 9 h 56 min . Reply

    Lu avec intérêt au delà d’un simple plaisir esthétique, avec la sensation que cela ferait un bon scénario de film rythmé par les trous de mémoire de Fourastié.

  14. Bénédicte Salvat-Carrère
    Bénédicte Salvat-Carrère 16 juillet 2017 at 14 h 00 min . Reply

    Difficile de s’identifier à Léa ou à l’épouse de Fourastié.
    En revanche, l’histoire est bien conduite et le style est hyper-agréable — à l’ancienne.

  15. Caro
    Caro 27 juillet 2017 at 9 h 29 min . Reply

    C’est sur la plage de Châtelaillon que, hier après-midi, j’ai achevé la lecture de Plus jamais…
    Pour ma part, et contrairement à Bénédicte, je me suis retrouvé en Léa car j’ai été amoureuse de plusieurs de mes profs de Français. A Bordeaux III, j’ai flashé sur un prof de linguistique, ce qui n’était pas du tout le cas de mes copines.
    Mais je dois avouer qu’aucun de « mes » profs n’a été aussi généreux que le protagoniste du roman. Cela dit, Fourastié me paraît un peu paumé face à Léa, même si par moment il joue au « tombeur de ces dames ». Fragile, au fond. Donc attachant.

    Caroline.

  16. André Dedet
    André Dedet 2 septembre 2017 at 16 h 13 min . Reply

    Compte rendu. Je trouve ce mot composé saugrenu. Est-il possible de faire un compte rendu ? Toujours un leurre.

    « Homme du nulle part (p. 100). Voici le rêve que l’on sait irréalisable. Celui que nous construit si bellement Baudelaire. Homme énigmatique qui n’a ni père, ni mère… qui ignore sous quelle latitude est située sa patrie. Extraordinaire étranger qui va vers les nuages qui passent : Là-bas… Là-bas.

    L’homme du nulle part espinosien tourne en rond. Aucune porte ne s’ouvre, aucune fenêtre sur les nuages, aucun voyage. Pour dire cela, cette absence du temps qui scande la vie, voici un beau subterfuge : celui du code oublié.

    Invraisemblance que l’on ne peut utiliser que dans les romans, à l’image des énormes ficelles hugoliennes si nécessaires à la dramaturgie : Monsieur Madeleine doit rencontrer Javert ; les deux hommes doivent se retrouver à Paris, il en va de même pour Thénardier et Marius, Quasimodo et Esméralda…

    Mais ici, il n’y a ni tragique ni drame. Le temps a suspendu son vol. Le futur ne peut advenir tant que les portes resteront fermées. Et pourtant le code, comme la plupart de nos codes, est porteur d’une symbolique personnelle…

    Cette négation du temps, sa mise entre parenthèses, est portée par une profusion de phrases dites nominales, une succession de phrases statiques, exemptes de dynamique verbale que mirent à la mode Paul Morand et Saint-Exupéry. Phrases qui construisent un espace « Ici et maintenant ». C’est un bon choix : nécessairement brève, la phrase nominale apporte de la vivacité, de l’alacrité (entre p. 160 et p. 170).

    Une curiosité : la double vision narrative. On connaît le stupéfiant changement d’expression narrative de Gustave Flaubert qui passe, selon les termes de G. Genette, d’une narration intradiégétique, condisciple de Charles, à un narrateur extradiégétique. Ici deux narrateurs, extra et intra, seront à l’oeuvre ; le personnage s’instituant parfois narrateur de ses faits :  » Je n’ai pas envie de lui en dire davantage… » (p. 60), » Nous nous décidons enfin à gagner son, mon, notre appartement  » (p. 120).

    Dans un roman d’introspection deux narrateurs valent, sans doute, mieux qu’un pour donner du relief à cet ensemble d’insignifiances, de petites choses mentales si nécessaires avec lesquelles on a reconstruit son passé : remembrances.

    Question quasi métaphysique angoissante : retrouvera-t-on les clefs du futur ?

  17. Fernando Arrabal
    Fernando Arrabal 19 septembre 2017 at 20 h 27 min . Reply

    Bravo …
    Seulement l’aventure risquée de l’amour engendre
    la pensée étonnante, non ?

    Arrabalaïquement.

    Fernando Arrabal

  18. Franck L.
    Franck L. 12 octobre 2017 at 16 h 57 min . Reply

    Une jeunesse, une vie dans laquelle je ne me reconnais pas, mais identique à celle de la majorité des gens de mon entourage. Continue de nous conter, à travers eux, le souvenir d’ une période heureuse ou chacun pouvait choisir le moment de sa vie pour s’ insérer dans le monde.

  19. phil
    phil 13 octobre 2017 at 9 h 46 min . Reply

    Roman sur la nostalgie où l’on retrouve les thèmes récurrents de l’auteur à savoir : la liberté , la nécessité de vivre de manière responsable et le rapport à la vieillesse .
    Mais pas seulement ; c’est aussi une réflexion sur le désir d’autonomie qui est celui de Léa . Fourastié, en vieux narcissique qui déambule sur les lieux de son passé intime, semble assez résigné sur son sort . Le souffle et l’énergie de la jeunesse irradient le roman qui, par moments, livre de belles pages nous rappelant l’œuvre de Proust . Une fois de plus Raymond Espinose a atteint son but : nous faire partager son univers qui est loin du conformisme ambiant qui est parfois le nôtre …

  20. Comtesse Livia
    Comtesse Livia 13 octobre 2017 at 10 h 52 min . Reply

    A lire de si belles critiques de ce riche et sensible petit (en nombre de pages) roman, on ne peut que se demander par quels mystères sont mis en lumière tant de romans médiocres (Musso, M. Lévy, Nothomb, Pancol) et laissés dans l’ombre muette des écrivains de cet ordre qui « transmettent » de si délicates émotions.

    Camilla Boita Sensa

  21. Franck L.
    Franck L. 14 octobre 2017 at 14 h 37 min . Reply

    Le thème du couple avec une grande différence d’ age et son échec traité par Raymond qui nous fait aussi redécouvrir Pau après en avoir changé le nom des rues et des lieux.

  22. Bérangère (dite Bébée)
    Bérangère (dite Bébée) 15 octobre 2017 at 22 h 15 min . Reply

    Lettre à Serge Fourastié.

    Un peu de temps (!) a passé et je n’ai plus tout à fait l’âge du personnage que rencontre Fourastié dans le roman. Mais ce que tu m’as apporté, tous ces embrasements de l’esprit, ces flammes dans mon corps, ces feux de la Saint-Jean comme lorsque nous étions enfants, moi dans le brasier de tes bras, toute tremblante de froid et de chaud en même temps, crucifiée, calcinée, personne avant toi…

    … ta parole chaude et tes mots qui vont trop loin parfois, tu ne dis pas, tu interprètes, interprètes sans cesse, sans que l’on sache où est ta vérité mais quelle importance puisque tu as fait jaillir ma vérité à moi, comme une source chaude qui sortirait des glaciers, une incandescence au milieu de névés.

    …. tu as révélé la partie haute de moi-même qui est aussi la part profonde, son noyau et son centre, je reviens de loin, c’est le cas de le dire, j’aurais tout laissé pour toi, tout abandonné pour notre île de rêve, les murs blancs, l’olivier, les cyprès près du mas, ils ont grandi, sais-tu ? et la garrigue tout autour avec toute cette lavande, ces champs de mauve infini.

    … tu es mon prêtre de l’Esprit d’ailleurs, des ailleurs, et non mon professeur de rêves faciles, futiles, factices, le passeur de mes absolus, tu m’as révélée à moi-même, m’allégeant de tout ce qui m’encombrait, me nettoyant de tout ce qui n’était pas moi. Tu es un égoïste généreux, je ne savais pas que ça existait, cette sorte d’hommes, mais maintenant il y a ce mur qui limite ta liberté (le mur de ta vie privée) alors que je suis mûre comme un fruit éclaté tombé de l’arbre. Comment se rendre encore plus libres ? Comment te rendre encore plus libre ?

    Bérangère Bonnaventure.

  23. Maryam Vichensky
    Maryam Vichensky 16 octobre 2017 at 22 h 38 min . Reply

    Une fois de plus (j’allais écrire, « comme toujours »), Bébée nous trace la voie, nous montre le chemin et j’éprouve, après l’avoir lue l’envie (le désir ?) de m’adresser à Fourastié — celui que j’ai connu, celui que je connais.

    Mon très cher Serge,

    Je sais que la partie ne fut pas facile pour toi, vaillant lutteur. Que je n’avais pas à me défaire de mes seuls présent et passé. Qu’il y avait le reste, tout le reste, cette pesanteur sourde, ces boulets au cœur, cette inquiétude accrochée à l’âme, toutes ces choses enfouies, cet inconscient qui nous joue des tours, le lourd vécu des miens, ma famille, mes aïeux, mes ancêtres, mon sang souillé et pur à la fois, toute cette souffrance, cette culpabilité que nous portons en nous (« le rocher de scandale », la « nation sans intelligence », Epitre aux Romains 9 et 10). Déchirés nous sommes, et c’est notre triste destin. J’appartiens au peuple aux chemins divers, oliviers fragiles et coffres d’acier, le vert de l’arbre maigre et le l’acier froid de la banque cossue. Tu as su me rassurer en me disant en riant, toi qui ris si peu, que lorsque l’on naît, comme ce fut le cas pour ta famille, dans le sud de l’Espagne, on ne sait trop si l’on est musulman, juif ou catholique. Presque de l’humour juif. Je souris en repensant à ce jour béni. J’étais si heureuse, si pleine de moi-même que je pris tes mains, te souviens-tu ? pour les poser sur mes seins, toi qui t’imaginais je ne sais quoi sur moi, mes mœurs, peut-être mon absence de désir physique, que sais-je encore ? Je n’ai jamais osé te demander…

    Avant de te rencontrer, avant de te connaître, je vivais repliée en moi, j’étais ce papier en boule que l’on a froissé pour dissimuler en son centre le déchet, l’ordure. Je n’étais rien sans toi qu’une petite chose légère accrochée à une branche par un fil fragile, fil de toile d’araignée, et que le vent balance. Petite chose soumise au vertige. De cette sphère insignifiante, cette page souillée de cahier d’écolière, tu as fait une décoration de Noël, alors que c’était à d’autres fêtes que j’étais promise, fêtes d’une autre religion. Il n’y eut plus, après toi, après notre rencontre de Bengale, que de grandes fêtes pieuses – pieuses et païennes, dionysiaques. Grâce à toi, par toi, je n’ai plus peur, je n’ai plus honte, j’ai perdu de ma fragilité. Depuis que tu es là, j’existe vraiment. Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas, même si nous ne pouvons plus vivre comme autrefois.

    Maryam

  24. Aube Lagarde
    Aube Lagarde 18 octobre 2017 at 9 h 38 min . Reply

    Quel culot d’avoir gardé mes vrais prénom et prénom dans ton livre !
    Je plaisante bien sûr, puisque Aube Lagarde est un personnage que rencontre Fourastié et non que rencontre Espinose.
    Aussi garderai-je Aube Lagarde en pseudo pour t’écrire, à mon tour, une lettre, mon très cher cher Serge.
    (En revanche, comment masquer ma profession ? impossible).

    Pour d’autres, ne sais. Pour nous ce fut cela, ces jeux d’amour peu hasardeux, ces mise-en-scènes baroques, ces trompe-l’amour où l’on transpire d’attente ou de peur. Eros pris au piège de ses trappes folles, dangereuses parfois, à mes yeux bandés, dans la ville noire comme ma robe, sous nos pluies d’orages sensuels, les vêtements collés au corps, la rue, mon duplex rue L…, ton appartement lorsque ta femme était absente, les lieux publics avec et sans public. Toutes ces folies, la perversion, la douleur dans le plaisir, le plaisir dans la douleur et tout le reste – tu sais que je hais le mot « érotisme » et que je n’aime ni Bataille, ni Vailland, ni Robbe-Grillet. Nous avons plongé dans cette chose excitante, ce monde hors du monde, cette chose noire parfois (je me répète, peut-être), mais surtout enfantine, au fond. Et moi, mon métier, mon cabinet, mes patients, tout cela si loin des films que nous nous jouions, enfants, adolescents perdus au coin des rues, qui se rencontrent, se découvrent, se touchent. L’excitation de tout cela. Un corps nu, ce n’est rien, c’est même moche, je le sais : mes patients, mes malades. Le sexe d’un homme : cet appendice dérisoire, un peu ridicule. C’est le désir qui fait tout le travail. Mais ce que je veux te dire et que tu sais, bien sûr : ces folies, pour une femme (en tout cas pour moi – et quelques autres plus que certainement), ce sont des plages d’existence circonscrites, des séquences temporelles délimitées, limitées, elles finissent, la pluie a cessé, le canal a repris sa vraie couleur, j’ai retrouvé la ceinture qui ceint ma robe et il n’y aura plus les halls d’hôtel, les chambres anonymes, les rendez-vous chez le médecin – c’est à dire chez moi (ne souris pas je te prie). Nous avons pleinement vécu cette période, ces folies, désormais entre parenthèses. Nous restons amis, proches amis car nous nous aimons – à notre façon, peu commune, j’avoue. La page n’est pas tournée, elle ne peut l’être. Nous avons notre marque-page, le souvenir de nos agissements délirants, de nos étreintes de marge, en nos marges de vies parallèles. Je sais que tu me comprends car tu comprends tout, même l’incompréhensible et mêmes les landes, les déserts, les territoires dévastés où plus rien n’est à saisir puisque plus rien n’existe. Je t’aime non pas malgré tout mais malgré nous.

    Ton Aube (aube) éternelle.

  25. Marianne V.
    Marianne V. 18 octobre 2017 at 20 h 25 min . Reply

    Elles ont commencé, ces innocentes (Bébée, Maryam, Aube), la rédaction de ce « livre secret » si cher à d’Annunzio. Et voilà que je me sens contrainte d’en continuer la rédaction, sans savoir si Bénédicte et Caro poursuivront la mission. J’aimerais, au fond, que l’une d’entre nous au moins fasse silence, que reste un peu de vide, de néant, d’opaque, un peu de rien. Mais est-ce possible ? Ce n’est pas nous qui avons « commencé », comme on dit dans l’enfance : c’est lui, Serge Fourastié, dont l’une d’entre nous dit un jour déjà (trop) lointain : « Lui, génie ? Mauvais génie, plutôt ! »

    Très cher Fourastié,

    Tu es mon anar où j’amarre. Non pas la baie dans le port mais l’arbre de vie, son tronc, ses racines, sa sève. Non pas la mer mais ce cours d’eau tendre, la treille, l’auberge, ces peupliers et ces gens que tu connais et qui t’apprécient, mon grand sympathique, tes alliés, mes pathétiques, comme ces oiseaux, leurs pépiements lorsqu’on s’approche, leurs chants qu’ils semblent nous dédier lorsque je marche avec toi, près de toi, sur ce chemin de terre battue. Et quand tu es là, près de moi, s’électrisent mes nerfs spinaux et espinaux. Et quand tu es là chantent les hyper-gloses de ta voix chaude, les envolées de tes discours prophétiques et mes hypoglosses, moi petite gosse de rien, soudain, à apprendre le baiser, à placer ma langue comme on place sa voix, au théâtre. Nos papilles linguales au travail, comme jeux d’enfants. Rien sans toi, vraiment, que l’âme grise, que « l’heure grise », comme tu dis, les corpuscules de Krause sans cause, de Meisser sans dessert, de Vater Pacini sans Puccini. La chanson de Ferré, « Ton style », que tu passes sur ton appareil ou que tu chantes pour moi. Et moi jouant le jeu du jeu, pedon-culo sans pédanterie, utri-culo sans Utrillo, sac-culo sans ton frère Sacco. Et pour finir ventre y culo sans matri-culo. Et Léo finit sa chanson, « ton style c’est ton cœur », mon cœur qui bat si fort, le tam-tam, la rythmie, l’a-rythmie, l’arythmie. Il faut rentrer, la fin de tout, des orages intimes, cette obsession de la fin de tout, tu n’en guériras jamais, tu es un grand malade malgré cet équilibre bien réel que tu t’es construit par ta volonté titanesque, démoniaque presque. Comment as-tu survécu à tout cela, à toutes ces choses que tu m’as racontées ? Cet aveu, que, prétends-tu, tous attendent de toi. Moi je sais. Et veux croire que je suis la seule à savoir. Ça me rend fière, ce secret. Cette enfance, la souffrance, la fêlure, la blessure qui ne se referme pas car elle ne peut se refermer. Parce qu’il y aurait de quoi pleurer sans l’orgueil viril des hommes, leur dureté parce qu’ils sont des hommes et que les femmes, les vraies femmes, les aiment pour ça, cette dureté froide. Jamais, entends-tu, jamais je ne pourrai suffisamment te remercier de ce que tu m’as apporté. Jamais je ne pourrai te rendre ce que tu m’as donné. Je ne peux que continuer à brûler pour toi, espérant que tu aimes aussi cette « secrète odeur de brûlé » qui émane de moi, dans ma mort intime pour toi, sacrifice, holocauste insensés. Mais notre mort n’est-elle pas inscrite, dès notre sortie du ballon maternel, dans la première bouffée d’air que nous respirons ? L’amour des débuts, l’ivresse des départs ; la tristesse des arrivées, du désespoir des fins inscrites sur les pierres hiéroglyphiques des déserts intimes, quand est venue l’heure de la tombée du soir. Aime-moi toujours, magicien de mon âme soumise. Aime-moi de ta folie délirante, désirante, de ton équilibre magique, magnifique.

    Marianne.

  26. Bénédicte Salvat-Carrère
    Bénédicte Salvat-Carrère 19 octobre 2017 at 10 h 27 min . Reply

    La référence au  » Livre secret  » de Gabriele d’Annunzio ne me paraît pas correspondre aux confessions de Bébée, Aube, Maryam et Marianne, sinon par la ponctuation indigente, pour ne pas dire « merdique ».
    « Récit secret » conviendrait mieux, il me semble, mais mais le titre est pris par un auteur contesté, « l’homme couvert de femmes ».

    Donc il faut que, moi aussi, j’aille au feu avec mes mots-maux ?
    Que les choses soient dites : à reculons !
    « Reculer pour mieux se faire sauter », c’est une expression qu’il affectionnait, Fourastié.
    Pour désigner les filles qui, à ses yeux, mettaient un peu trop de temps à lui céder.

    Mon très cher Serge,

    J’ai aimé nos petits matins, les « aubes délavées », comme tu disais, quand j’entendais glouglouter la cafetière et que tu t’agitais, je ne sais où, peut-être déjà au dehors d’ailleurs, la porte méticuleusement refermée, pour aller prendre les journaux ou acheter les baguettes bio à la farine complète encore chaudes. J’ai aimé ces repas légers comme des nuages, la bouteille de San Pellegrino sur la table, ces bulles qui pétillaient dans nos verres, ton hygiène de vie exemplaire de supplicié et la mienne qui, du coup, rentrait dans le rang, robe de bure et boulets de plomb aux chevilles. J’ai aimé nos siestes que tu disais « crapuleuses » et qui l’étaient en effet, tendres et violentes, et ces mots sans pareils que tu glissais à mon oreille pourtant peu chaste et qui me surprenaient toujours ou me déroutaient (me faisaient « quitter la route »), vocabulaire d’écrivain, sans doute, à l’imagination folle, débordante. J’ai aimé la tombée du jour que ta présence rendait moins triste alors que tu en rajoutais sur « l’heure entre chien et loup », moi chienne et louve, notre banc sacré, sur le boulevard, la terrasse du …, le jus de citron sans sucre ou, selon le moment de la journée, le jus de tomate-céleri. Je t’ai aimé parlant en maître incontesté, parole ferme, recul qui sied à l’intelligence sûre, à ces jeunes gens qui t’entouraient, toi, le « Sujet supposé savoir », messie pour âmes égarées ou en recherche d’une vérité inatteignable – ces âmes pures ou presque qui t’écoutaient comme s’il t’était vraiment possible de les éclairer sans risque d’erreurs sur les choses de ce temps, la politique événementielle, la marche du monde, les limites que devaient s’imposer les « nouvelles technologies » (du disais « le numérique »), l’effacement de la culture (ton obsession, ton idée fixe), la mort de Dieu et la naissance des nouveaux dieux, ces substrats de pacotille, ces jouets de foire pour enfants déshérités (sans « héritage » culturel), en déshérence, dépouillés de toute réflexion, de toute références, de tout savoir, tous ces jeunes paumés à casquette à l’envers et en « survêt » que sévèrement tu qualifiais de « décérébrés » et que tu opposais aux autres, ceux qui venaient pour t’écouter, pour entendre la parole oraculaire. Je t’ai aimé dans le juste équilibre que tu instaurais entre folie et sagesse.

    Je n’ai jamais rencontré un homme tel que toi, génie de nos vies dérisoires, tristement humaines et tristement biologiques, mon sang, ton sperme. Après l’amour mes reins douloureux et tes jambes anesthésiées, comme mortes. Je n’aimerais pas que tu disparaisses de ma vie, que tu t’évapores comme tu sais si bien le faire quand ton autre vie te happe et que je ne compte plus pour toi, gommée que je suis, comme une mine HB sur une page Canson.

    Bénédicte.

  27. Caro
    Caro 20 octobre 2017 at 3 h 27 min . Reply

    Mon très cher Serge,

    moi toujours à la traîne, la dernière du lot, le dernier wagon du TGV.
    Toujours en vadrouille, du reste. (Il est quelle heure en France ?)
    Tu me trouves légère – dans le bon sens du mot, me dis-tu –, mais ma légèreté est celle de l’oiselle de printemps, fraîche, naïve et cependant prête pour l’aventure, remplie de son innocence mais aussi de courage – je sais que tu n’ignores pas mon courage et que, même, tu joues à le mesurer à le jauger. Naïve et cependant évaluant, soupesant le risque ; n’étant pas du tout prête – tu sais cela aussi – à m’agréger à quiconque m’est suspect car manquant de caractère, ce caractère qui, chez autrui manifestant quelque prétention à mon égard, m’est nécessaire. J’ai besoin de confiance, d’assurance, comme l’oisillon regarde sa mère avant d’oser oser. Prête pour l’aventure, oui, mais (par expérience malgré ma – relative – jeunesse) je connais les garçons et (un peu) les hommes, leur roublerie (sic), leur roublardise. Cela aussi, je l’affronte avec simplicité car j’ai mes exigences (souvent, elles déstabilisent les garçons) et je sais les formuler (à ma façon, façon Caro). Je n’accepte pas d’être déçue. Jamais. Je suis une fille d’aujourd’hui (je crois). Mais contrairement aux autres, moi fragile en apparence, je ne le suis pas tellement au-dedans (les autres filles, c’est souvent le contraire). Pourquoi me répandre ainsi ? Car j’ai conscience de me répandre, ce qui ne me ressemble guère. Tu sais tout cela – et davantage encore – tu m’as reconnue du premier coup d’oeil ; tu as vu d’emblée la fille que j’étais. Ta fille, celle que tu cherchais, la moitié perdue qu’évoque Platon dans son Banquet, je le sais, j’ai vu ça dans ton regard, dans tes yeux, ton sourire – ton sourire non pas à mon intention, non pas me visant moi, la fille devenue en un instant ta fille, ta chose déjà soumise, mais un sourire que tu t’adressais à toi-même (je sais que tu sais ce que je veux dire).

    Et maintenant ?

    Je me suis éloignée pour un temps, je t’ai prévenu, tu connais ma vie, je ne reste pas en place (l’hérédité). Qu’allons-nous faire de notre amour ? Quelle latitude nous laisse-t-il, d’ailleurs ? L’amour-fou est par définition bref, temporaire (tu as écrit ça quelque part, je crois). En avons-nous déjà terminé de notre histoire ? (les responsables en seraient les kilomètres qui nous séparent — et nous sépareront souvent, je le crains) Je pense à toi. Souvent, toujours. Je voudrais te revoir. Vite. Tu ne me déçois jamais. Je suis loin. Ta Caro est-elle en train de changer ? De devenir autre ? L’Autre ? De devenir le petit oiseau de printemps orphelin ? Cela m’attristerait fortement, moi qui me sens si forte (un peu grâce à toi, du reste – je sais qu’il ne faut pas trop flatter cette supériorité que tu sens en toi, ton déplaisant élitisme, ton débordant égocentrisme et le reste – sous ma fragilité apparente). Pardon de me livrer encore. Je t’aime à ma façon mais je ne sais pas trop ce que je vaux (davantage ce que je veux). Je ne suis pas grand chose en fait, physiquement si fragile. Tout juste bonne à être une esclave, peut-être – esclave itinérante, d’un navire à l’autre, d’une rame à l’autre (cette expression : « elle «rame » – avec les garçons, s’entend). Toi seul sais…

    Ta Caro – papillon tatoué sur pubis glabre, fines chaînettes d’or aux chevilles, fers (symboliques) aux pieds. Tout ce que tu aimes, pour que tu continues à m’aimer.

  28. Pierre C.
    Pierre C. 20 octobre 2017 at 16 h 34 min . Reply

    Je suis passé cette matinée sur ton blog, où j’ai pu constater — au vu des commentaires de cet impressionnant chapelet féminin composé de Bérangère, Maryam, Aube, Marianne, Bénédicte et autre Caro — que tu as l’âme d’un véritable pygmalion et que Serge Fourastié a, semble-t-il, soulevé les cendres sous lesquelles rougissaient encore les braises d’anciennes passions…

    Amitié.

    Pierre.

  29. Bruno Favrit
    Bruno Favrit 15 mai 2018 at 8 h 40 min . Reply

    Les livres d’Espinose ont la particularité de s’articuler autour de thèmes qui lui sont chers, parmi lesquels la littérature et les jeunes femmes. Plus généralement nous dirons : méditations, esthétique et sentiments. Que ce soit dans ses nouvelles, dans son récent roman Villa Dampierre — une belle réussite –, comme dans ses écrits intimes.

    Quand on a lu Distances, le deuxième volume de ses carnets, comment ne pas être tenté d’identifier Espinose à Serge Fourastié, personnage principal de Plus jamais nulle part ? Un homme mûr, soucieux de son physique, qui court trois fois par semaine, un homme féru de bonnes lectures (Jünger, Stirner) qui écume les bars de Pau pour boire de la Vittel, en provocateur, ne peut être complètement issu de l’imagination de l’auteur.

    Quant aux jeunes femmes, elles se bousculent dans ce roman où Fourastié, en homme marié, tente de ménager la chèvre et le chou. Dans cette histoire, les amours sont tragiques, les souvenirs régulièrement convoqués, les sentiments, la vieillesse et la mort sont abordés sans détours.

    Espinose est un auteur exigeant qui ne botte pas en touche, toujours occupé à faire le tour de la question sans jamais lasser. Le lecteur devient complice des dérives d’un personnage peu ordinaire, de ses doutes, de ses illuminations.

  30. Mona
    Mona 18 mai 2018 at 18 h 09 min . Reply

    Dans un carnet de moleskine je retrouve ces trois pages écrites durant une période où je vivais mon aventure avec Serge Fourastié. Etrange impression, à me relire :

    Que veut une femme ? J’apprécie grandement, chez Serge, qu’il tente, de toute son intuition, de toute son imagination, de trouver la réponse à cette troublante question sur laquelle la plupart des hommes que j’ai connus se sont cassé le nez, abandonnant d’ailleurs le plus souvent la partie, même et peut-être surtout, lorsque pointaient des éléments de réponses, émergence qui semblait faire naître un tel trouble qu’en eux l’angoisse était proche. Mon amant du moment ne craint ni le vertige, ni la violence, ni la dureté de la révélation. Mais c’est que, chez lui, le sens de l’être féminin constitue, je crois, une sorte de quête. Bien sûr, Serge ne parvient pas à éviter tous les écueils, la jalousie en est un, qui en rend fou plus d’un, dès lors qu’un homme ne comprend pas ou ne veut pas comprendre que l’amour absolu implique que l’on accompagne l’autre dans ce qui l’épanouit ou le rend heureux, au risque de le perdre.

    Et nous, filles, qu’avons-nous à apporter ? Et qu’avons-nous à comprendre ? Nous avons l’expérience de nos précédents amants, ce qu’ils nous ont donné et qu’on essaie, en quelque sorte, de rendre ; ce qu’ils nous ont appris et qu’on tente de pratiquer avec l’autre, le dernier. Au fond, un homme, ce n’est pas très difficile à satisfaire, contrairement à nous, les filles. Mais pourquoi donc nos mères ne nous apprennent-elles pas cet essentiel ? Les outils pour séduire un homme et même le garder sont tellement faciles à utiliser ! Des sortes de clés pour faire fonctionner la machine et faire en sorte que le moteur tourne le temps qu’il nous plaira de faire durer le voyage. Somme toute, même leur psychologie de l’amour, aux bonhommes, y inclure l’amour physique, est sommaire. Et d’ailleurs quelquefois, je me demande si nous ne sommes pas faites pour vivre entre filles. Les quelques expériences vécues en ce sens ne m’ont jamais déçue ; elles se sont même toujours révélées d’une extrême richesses. L’harmonie même. Et si ces aventures ont pris fin, c’est parce qu’elles devaient finir. L’essentiel étant épuisé, les messes charnelles dites. Ite.

    Quelques autres fois, je me demande si l’idéal n’est pas de vivre deux relations en même temps. L’une avec une fille, l’autre avec un garçon. En ce moment *** me tourne autour. Et je dois admettre qu’elle me trouble. Sa façon de consentir. D’admettre. De se soumettre. Je crois que je pourrais faire d’elle ce que je veux. Est-ce bien ce qu’elle cherche ? Je crois. Je n’en sais rien au fond. Peut-être (me) teste-t-elle, fait-elle semblant ? Je n’aime pas trop analyser ce que je vis avec les filles. Simplement me laisser aller, me laisser être. Et laisser faire. Avec les garçons, c’est différent. C’est comme s’il fallait lutter, toujours. Et la lutte épuise, souvent. Et puis elle est un peu vaine. Et pourtant avec un garçon, au final, il est facile de remporter la victoire…

  31. Etienne
    Etienne 19 mai 2018 at 16 h 50 min . Reply

    Je viens à peine de terminer Plus jamais nulle part sous l’orage cévenol. (Je reste un lecteur lent et claffi de lacunes, toujours pas d’Education sentimentale dans la bibliothèque !).

    Plus jamais nulle part, en voilà un, de roman sur l’éducation sentimentale ! Celle de ces étudiantes un peu fantasmées par le personnage central, au point qu’on tombe des nues quand on apprend p116 qu’elles écoutent du R’N’B : un mythe s’effondre !

    J’ai moi aussi fantasmé sur ces jeunes femmes (grande réussite que la démonstration de leur charme) en regrettant un peu que la narration ne s’attarde pas plus sur leurs désirs, leurs calculs : elles sont toutes trop intelligentes pour se laisser mener en bateau par ce Serge, fût-il parfois paré de bonnes intentions.

    L’individualisme rend Fourastié tout de même plutôt imbuvable, malgré sa réflexion permanente et sa culture. J’ai apprécié le fait qu’il ne soit — à mes yeux — ni glorifié ni accablé. Tu n’as pas trop l’air d’aimer le manichéisme, et ça grandit ton héros, de même que ces digressions-rêvasseries nostalgiques qu’il égrène durant le récit (récit dont la temporalité complexe me parait secondaire, tant il s’agit de philosopher).

    Le thème omniprésent de la peur de vieillir (sans cesse alimenté par les fréquentations juvéniles du personnage), la dichotomie permanente entre l’admiration et l’incompréhension (mépris ?) intergénérationnelles, l’obsession d’être à la hauteur : des angles de réflexion qui permettent de s’identifier.

    Enfin, un questionnement : les terrasses Paloises sont-elles si garnies que ce que le livre décrit ? Ça donne envie de venir s’installer !

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