Portulans, carnets Mai 2015 – Mai 2018

Raymond Espinose, dans ce troisième volume de Carnets, nous fait partager sa passion pour la littérature. Mais aussi un goût de la liberté et un combat spirituel constants, pour l’émancipation de l’individu. Gourmand, dans les relations humaines, de la singularité de l’être, il exalte l’individualisme, surtout s’il est culturel, et ce depuis qu’il a découvert Stirner, lors d’une lecture de jeunesse.

Nous découvrirons, dans cet ample ouvrage, le troisième, après ses deux précédents Carnets (Lisières, 2009-2012 et Distances 2012-2015, coll. « Littératures ») son amour de la vie, même si le thème de la fatalité tragique affleure ; les retours sur le passé mettent en exergue la fuite inexorable du temps, nourrissent l’impression de fatalité.

Enfin, comme en toute littérature diégétique, ces carnets disent les péripéties politiques ou sociales qui, bien souvent, sont le point de départ d’une réflexion sur les hommes, les choses, leur contingence et leurs avatars.

18 Comments

  1. Bruno F.
    Bruno F. 7 octobre 2019 at 22 h 05 min . Reply

    N’ai pas lâché Portulans de tout le week-end, c’est dire si j’ai été enthousiasmé.
    J’ai noté quelques différences par rapport aux volumes précédents (d’ordre spirituel, certes, mais pas uniquement).

  2. Sylvain
    Sylvain 7 octobre 2019 at 22 h 06 min . Reply

    Je lis cette nuit tes carnets, où je découvre un nouveau tourment, celui du doute –  » Me serais-je trompé ? « – et cela me semble, sauf erreur, nouveau.

  3. Françoise B.
    Françoise B. 7 octobre 2019 at 22 h 08 min . Reply

    Peu de citations dans ce volume-ci, mais les propos rapportés de ton premier cercle.
    On vous imagine très bien sur les chaises longues, en train de boire un café, face aux Pyrénées…

  4. A. D.
    A. D. 7 octobre 2019 at 22 h 14 min . Reply

    Vos carnets sont un croisement de réalisme, de résistance et d’espoir…

  5. Fourcassié
    Fourcassié 7 octobre 2019 at 22 h 16 min . Reply

    C’est par ce que l’écriture pour moi dissimule, que jamais je ne publierai de telles confidences.

  6. Favrit
    Favrit 7 octobre 2019 at 22 h 19 min . Reply

    Beaucoup d’éléments sur lesquels je suis d’accord avec toi.

    Le féminisme d’aujourd’hui, liberticide, tellement éloigné de celui d’hier, dont une petite armée d’hystériques déshonore le nom. La jalousie (et ce qui est nommé l’infidélité – comme cette appellation me crispe !). La littérature de droite. L’immigration incontrôlée. L’Europe des marchands contre l’Europe des peuples…

    Borges, moi non plus je n’ai pas trouvé ça exceptionnel. Et pour d’Ormesson, tu as raison, c’est insipide. Un imposteur dans la Pléiade. Cela juge une époque, pour laquelle la médiocrité est devenue quelque chose d’acceptable et qui, même, encourage à la fréquenter.

    Je note toujours cette nostalgie qui te tient. « Quels jeunes gens privilégiés nous avons été ! ». Lorsque je lis de telles déclarations, je me sens moins seul, moins incompris. J’avais dû te parler du livre de Jean-Claude Carrière qui retrace bien ces années de liberté.

    On retrouve dans ce volume 3 tes passions et tes obsessions : Dufilho, Jünger, Schoendoerffer, Green. Tous chrétiens (on peut le dire, maintenant, pour Jünger). Et de nouvelles figures, il me semble, qui rejoignent ton univers. Outre Thibon : de Maistre, Suares, maître Eckhart. Tiens, tiens, encore des chrétiens. C’est vrai que tu tourne davantage autour de Dieu.

    Onfray, ce doit faire un certain temps que tu ne l’as pas lu, car, d’athée forcené, il a commencé à nettement virer panthéiste. Il n’est qu’à lire son monumental essai Cosmos. Autant il me barbait sérieusement, avec ses propos qui tournaient en rond, autant il commence, à mes yeux, à devenir intéressant.

    Tu te mets peu en scène dans ce volume. Je note (p.417) une journée rapportée presque par le détail et c’est tout. Dans les volumes de carnets précédents, on te voyait courir…

    Il y a le rejet de l’alcool, encore et toujours. Et maintenant la corrida. Sur ces deux points, tout est discutable. Je suis un disciple de Dionysos et je lui reste fidèle (sans abuser de la dive bouteille et ne m’en tenant qu’au vin). Quant à la corrida, je n’ai pas d’avis. J’ai lu Montherlant sans avoir la nausée. Et tu as dû lire « Hem ‘ ».

    Curd Jürgens : beaucoup de classe, en effet. J’ai adoré son rôle dans la série télévisée La Foire (par ailleurs très bon roman de Pierre Viallet).

  7. André Dedet
    André Dedet 24 octobre 2019 at 8 h 17 min . Reply

    Je reçois toujours tes écrits avec plaisir.
    Leur lecture, par certains côtés, me rappelle des séquences de vie anciennes mais toujours présentes.

    A.D.

  8. Rémi
    Rémi 24 octobre 2019 at 19 h 19 min . Reply

    J’ai parcouru avec plaisir les premières pages de ce troisième volume de carnets.
    Je suis particulièrement intéressé de constater la persistance ou d’analyser l’évolution de l’auteur pour ce qui concerne les très nombreux thèmes développés dans les carnets précédents.

  9. Philippe S.
    Philippe S. 25 octobre 2019 at 17 h 49 min . Reply

    Il me semble que tu fais une part plus importante dans ces carnets à notre environnement social et politique.

    En effet, tes remarques et tes analyses portent bien souvent sur les rapports humains, certes, mais aussi sur la pollution médiatique et la main mise de la « politicaille » sur le pays.

    J’ai particulièrement apprécié tes passage sur la libetrté intérieure et la seconde naissance ; ce dernier thème de réflexion me travaille depuis peu.

    J’ai un peu souri quand tu évoques « les infirmités liées à l’âge ».
    Un peu de provocation, peut-être ?

    Phil.

  10. Bruno R.
    Bruno R. 29 octobre 2019 at 19 h 12 min . Reply

    Dans Portulans, le troisième tome de ses carnets, Raymond Espinose écrit une nouvelle fois beaucoup sur la littérature, mais aussi sur la politique, la vie, les hommes…

    B.R.

  11. André Dedet
    André Dedet 29 octobre 2019 at 19 h 14 min . Reply

    Je note dans Portulans plusieurs références à Green, diariste auquel tu as consacré un « billet » sur ton blog il y a peu.

    Voici que paraît son journal dans sa version non expurgée, surprenant par son audace, avec le sel de portraits piquants et remarques sans retenue sur ses collègues.

    C’est un tout autre texte, où l’on découvre une autre personne, jusqu’au style plus relâché — sans imparfait du subjonctif — et où l’on voit en comparaison tout le travail de construction de ses romans — je compare avec L’Autre Sommeil.

    Enfin je remarque que, bien que converti, la peur de la mort est toujours là.

  12. Françoise B.
    Françoise B. 3 novembre 2019 at 21 h 56 min . Reply

    Poursuivant ma lecture de Portulans, je suis scotchée sur la page 436 (en date du 23 mars 2018).

    C’est là, en effet, ta vérité, le pourquoi de ton écriture, de tes pérégrinations en écriture ; là se situe l’ « entre deux de l’aveu » évoqué par le professeur Braud (cette expression me poursuivait comme elle poursuivait d’autres de tes amis).

    Banalement, je te parlais de ton côté « éternel adolescent »…

    J’aurais aimé t’écrire ce passage.

  13. Francis L.
    Francis L. 4 novembre 2019 at 20 h 20 min . Reply

    J’apprends que le quatrième volume de tes carnets est en route, alors que tu voulais cesser leur publication après Portulans. Une année serait déjà parcourue…

    De toute façon, cette écriture journalière t’est nécessaire ; c’est en quelque sorte ta respiration quotidienne, ta dopamine intime.

    Pour l’instant, je n’ai lu que la moitié de Portulans et je retrouve la marque de fabrique des deux premiers volumes .

    Je t’en dirai bien sûr un peu plus quand j’aurai terminé l’ouvrage.

  14. Françoise B.
    Françoise B. 12 novembre 2019 at 11 h 25 min . Reply

    Immense patchwork cousu consciencieusement ( trop ? ) au fil de chaque jour.

    Thèmes variés, longueurs variables, allure primesautière de cette écriture non linéaire puisqu’il est rare qu’une réflexion sur un sujet se poursuive sur plus de deux jours ( différence avec les Essais de Montaigne ).

    Au gré de l’humeur des jours, des événements politiques, sociaux, des rencontres, les types d’écrits varient.

    Mais, bien évidemment, la dominante c’est ce « moi » qui se dessine bien plus au présent que dans les ouvrages précédents parce que ce « moi » en a presque terminé avec son enfance, son adolescence et sa jeune maturité ( rares résurgences lyriques et descriptives ).

    C’est un « moi » structuré par les constantes de ses choix littéraires et philosophiques, un « moi » qui veut se dessiner plus nettement ( plus de sfumato ), qui se creuse pour atteindre son « noyau dur, intérieur ».

    Le ton est souvent celui du prof, ton didactique : un prof très cultivé, menant des synthèses brillantes, prof très sûr de son discours magistral. Son public ( lecteur ) écoute, s’intéresse ou non, comme l’étudiant dans l’amphi.

    Un prof spécialisé dans une littérature fin XIXe, début XXe et forgé par le stoïcisme. Un très bon prof.

    Mais, ce prof ou plutôt l’homme ( R.E ) n’accepte guère la contradiction ; et lui qui regrette à la page 344 « on ne peut plus débattre, on impose », refuse de voir qu’il sombre lui-même dans une rigidité polémique sur certains sujets ( exemples : le voyage ; la littérature d’aujourd’hui ; ou même les femmes… ). Il n’est pas le seul légitime dans ses jugements ; l’autre ne se « trompe » pas forcément ; l’autre n’est pas obligatoirement « nul » : il voit différemment, c’est tout.

    C’est un livre de « mâle » dirais-je. Le cercle littéraire des amis est un cercle à dominante masculine où l’on s’adonne à des joutes oratoires ( comme mon père jouait sa partie de belote le samedi soir au café dans les années 60 ). Belle amitié virile et plutôt machiste.

    C’est une vie rude qui s’expose dans Portulans : une vie de grand travailleur intellectuel qui soulève l’admiration ; une vie où se sent une grande dureté envers soi-même ( et cette dureté rejaillit sur les autres et peut blesser, je crois ), une vie de grande rigueur comme certains croyants s’imposaient le cilice…

    Dans cette fragile aventure qu’est la vie, je te souhaite de conserver cette vigueur, cette force — en l’adoucissant toutefois.

  15. Francis Labarthe
    Francis Labarthe 12 novembre 2019 at 16 h 22 min . Reply

    A l’instar des précédents, ce troisième tome des carnets toujours rédigés sur une période triennale, nous fait part des pensées, réflexions et méditations de l’auteur au fil des jours.

    Cet ouvrage est également d’une grande richesse littéraire dans la mesure où il est un véritable dictionnaire des lectures éclectiques de Raymond Espinose et de certains de ses amis. Cela entraîne des discussions fructueuses soit par courriel soit autour d’une table sous le regard curieux ou étonné des autres consommateurs.

    Raymond Espinose constate aussi que la société se déglingue avec la perte des valeurs républicaines liée bien souvent à un repli communautaire qui dénigre injustement la laïcité. De plus, la politique est devenue un spectacle permanent via les principaux canaux d’information littéralement squattés par une élite privilégiée qui continue à s’enrichir outrageusement aux dépens des classes moyennes et populaires.

    Le propos est souvent sévère mais il faut bien reconnaître qu’au lieu d’anoblir, la politique avilit et provoque le rejet des citoyens pris dans un nihilisme pathétique résumé par la formule : « à quoi bon ».

    Ces carnets sont aussi le reflet d’un passé meilleur que le présent actuel. On sent poindre dans le propos de l’auteur la nostalgie d’une époque où l’on prenait le temps de se parler, d’échanger, de lire, de s’enrichir en somme. Désormais, c’est le règne de la vitesse, de l’immédiateté, de l’instantané. Tout doit aller très vite avec l’objectif incessant de la rentabilité.

    Dès lors, l’anarchisme de la jeunesse de l’auteur s’estompe peu à peu pour laisser la place à un humanisme teinté de religiosité. De surcroît, la religion, en ces temps incertains, peut apparaître comme un refuge, une sorte de consolation pour l’individu désemparé.

    Et puis, il y a toutes ces réflexions sur le tragique de la condition humaine : la mort est l’aboutissement de toute vie, l’absurdité de cette fin est un défi à la raison et cela suscite des interrogations chez l’auteur. Aussi, de temps à autre, il faut se réfugier dans le silence et la solitude pour fortifier sa vie intérieure qui est un bien inaliénable.

    Chaque être est dans l’attente de ce transfert définitif qui débouche peut-être sur un vide sidéral, un néant glacial. C’est ainsi que le secours d’une déité peut rassurer et combler cette impression d’abandon de sa destinée.

    Finalement, ces carnets abondent des réflexions intimes de l’auteur, de ses pensés évolutives envers la religion, ce catholicisme dont nous étions tous imprégnés durant notre enfance.

    Par ailleurs, Raymond Espinose s’interroge à plusieurs reprises sur le sens d’une formule envoyée par un collègue universitaire à la lecture des précédents carnets. Il est vrai que « l’entre-deux  de l’aveu» est une belle expression alors qu’au départ elle exprimait un ressenti, une impression. L’auteur s’en empare et tente de creuser ce qu’elle renferme de précieux.

    Cependant, peut-être qu’en dépit des écrits de ces carnets ou des prochains, il y aura toujours une vérité non dite, enfouie au plus profond de l’être qui fait l’unicité de son âme.

    Francis LABARTHE
    11/11/2019

  16. Françoise B.
    Françoise B. 12 novembre 2019 at 23 h 31 min . Reply

    Je me suis encore interrogée, au fil de ma lecture, sur l’énonciation et sur ton public de lecteurs.
    En fait, je rejoins ton ami Sylvain Fourcassié ( page 430 de Portulans ).
    J’ai d’ailleurs marqué sur cette page « Sylvain le Magnifique », l’esthète minimaliste et j’ai pensé à Fabienne Verdier et son écrit Passagère du silence.

  17. Bruno Favrit
    Bruno Favrit 13 novembre 2019 at 18 h 50 min . Reply

    Nos points communs m’apparaissent de manière éclairante, même si nous avons évidemment nos personnalités.

    Et tes confidences ne me choquent pas.

    Il y a cette voracité pour la lecture, bien entendu, avec des préférences assez nombreuses pour ne pas être coïncidences dans lesquelles nous nous retrouvons.

    Et puis cette génération dont nous sommes sensiblement issus (années 1970-1980). Les filles, Montpellier et tout le reste que je retrouve dans tes romans et tes Carnets.

    Cela me touche, j’ai l’impression d’être moins seul – à moins que nous ne soyons deux extra-terrestres qui s’ignorent.

    Il y a ce goût pour le souvenir que l’on n’a pas renié, pour lequel on voue un certain respect. La course, le corps sain dans un esprit sain (autant que faire se peut).

    Par ailleurs, ne pas parler du christianisme, ce serait évacuer un sujet sensible. Dans le christianisme, il y a aussi le protestantisme qui est une calamité. Je n’en dirais pas tant pour l’orthodoxie ou le catholicisme.

    Selon moi, il est très bénéfique que l’Europe se soit sortie du christianisme des origines, celui de Paul et des Pères du désert. Le génie européen lui a substitué le polythéisme des saints et la vénération de la déesse mère avec l’iconographie qui va avec.

    J’aime cette phrase de Cioran, que je cite d’ailleurs dans mes carnets (2018), tirée de Solitude et destin : « qui combat le christianisme sans avoir d’affinités avec lui ne mérite pas d’être pris en considération. » Cette phrase, je la fais mienne… même si je ne combats pas le christianisme avec un grand acharnement.

    J’aime Thibon et Blaise Pascal, parce qu’ils doutent et qu’ils montrent qu’un esprit sensé peut s’interroger sur le dogme, la foi comme bloc monolithique. Mais je préfère les stoïciens, les religions « natives » ou le syncrétisme.

  18. Francis Labarthe
    Francis Labarthe 16 novembre 2019 at 8 h 37 min . Reply

    Françoise, qui te trouve très prof dans les pensées que tu délivres au lecteur, me paraît accorder trop d’importance à l’auteur et pas assez à l’ouvrage. Elle te donnerait même des conseils et, du coup, sans s’en apercevoir, c’est elle qui joue au prof.

    J’ai lu, en effet, les commentaires des uns et des autres et je note que, pour la plupart, ils s’attachent trop à la personnalité de Raymond Espinose qu’ils connaissent bien — tout comme moi d’ailleurs.

    De mon côté, j’ai tenté de faire abstraction de cet aspect-là pour me concentrer sur le livre et ce qu’il renferme de pensés, de réflexions, d’anecdotes….

    A travers mon commentaire, je pense y être parvenu : il est vraiment différent des autres ; il apporte même un autre éclairage.

    F.L.
    15/11/2019

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