Villa Dampierre

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Éditeur : Éditions Orizons

 Résumé : La vie pourrait être douce à la Villa Dampierre pour Romain Borghèse. L’écrivain poursuivrait son œuvre littéraire en toute quiétude s’il n’y avait son fils, Enzo, instable et incompris…

14 Comments

  1. Dans son dernier roman Villa Dampierre,Raymond Espinose nous gratifie d’’une sorte de huis clos à connotation dramatique en campant des personnages très typés. L’’auteur se livre à une véritable étude psychologique de chacun de ses personnages avec une véritable maîtrise : faiblesse passagère des uns, défaillances temporaires des autres tandis que le maître de maison reste de marbre. Le maître de maison, c’est l’écrivain Romain Borghèse, dont la présence tutélaire, et même omnipotente, règne sur le récit.
    Ainsi assiste-t-on à une sorte de tragi-comédie de la condition humaine. L’auteur dénoue avec art les fils d’’une intrigue complexe. L’écriture, souple et riche ne manque pas de charme. J’’ai noté avec curiosité le rôle sibyllin de Noémie, son allure à la fois nonchalante et racée, son mutisme distingué, sa beauté diaphane et, bien sûr, sa relation ambiguë ou plutôt troublante avec Borghèse. Pourtant, l’écrivain séduira la belle Athéna, l’amie de son fils Enzo tandis que celui-ci tombera dans les bras de Camille et que son ami Maxime, invité de dernière minute, honorera Laura Borghèse, l’épouse apparemment délaissée. Heureusement, la jalousie n’ est pas de mise à la Villa. Ainsi échappe-t-on à la violence, pourtant latente. Certains personnages, certes, cèdent à leurs pulsions mais, au final, gardent le contrôle d’eux-mêmes, leur libre-arbitre. On se donne, parfois, mais on n’est jamais possédé ; on reste toujours libre.
    La fuite sous la pluie et l’’orage de Noémie et Maxime – frère et sœur de cœur – sous le regard désappointé mais froid de Borghèse met fin, en quelque sorte, à la représentation. La Villa va ainsi retrouver sa quiétude après cette tempête estivale des sentiments.

  2. Geoffrey Firmin, Consul à Quauhnahuac (Cuernavaca), Mexique.
    Geoffrey Firmin, Consul à Quauhnahuac (Cuernavaca), Mexique. 15 octobre 2015 at 9 h 47 min . Reply

    J’attends avec une curiosité gourmande de savoir qui est Borghèse.
    Il arrive parfois que la plume, sans le vouloir, trempe dans l’encre d’une blessure infantile mal cicatrisée.
    Il arrive aussi, lorsque la blessure est morale pouvant atteindre l’être dans sa réalisation, que la blessure devienne la dynamique, le ressort de la fiction créatrice.
    Dans ton prochain roman, peut-être ?

  3. Corine Rivière, Psychothérapeute ("Art-thérapie").
    Corine Rivière, Psychothérapeute ("Art-thérapie"). 8 novembre 2015 at 19 h 58 min . Reply

    J’ai fini de lire Villa Dampierre. Très bonne impression à chaud ! J’ai eu du mal à lâcher le livre pour la vie quotidienne tant le suspense est intense (jusqu’au dernier chapitre). J’ai trouvé l’écriture « cinématographique » ; j’ai l’impression d’avoir vu défiler le film Villa Dampierre !
    Quant aux personnages et à l’intrigue : beau creuset psychanalytico-mythologique…
    Il m’est apparu, en effet, une dimension symbolique relevant de la mythologie et de la psychanalyse.
    Tout d’abord le personnage d’Athéna : figure mythologique grecque née d’un homme : sortie de la tête de son père Zeus, elle est la déesse de la sagesse (intelligence) et de la guerre (tactique).
    Dans le roman, Athéna est fascinée par Romain (figure paternelle « œdipienne »), cherche à se mesurer à lui et finit par coucher avec lui (inceste).
    Les rapports entre les personnages ramènent aux grands thèmes de la mythologie: adultère, Œdipe, inceste, parricide ou parenticide.
    Comme s’ils étaient des dieux, non soumis à la loi des hommes, dans un système archaïque où règne l’indifférenciation.
    C’est peut-être une déformation professionnelle mais l’aspect psy m’interpelle et c’est ce qui, pour moi, se dégage particulièrement de ce roman.

  4. Enchanté par la lecture de Villa Dampierre.
    Il y a dans ce roman une atmosphère qui, vraiment, me réjouit.
    C’est sensuel et on se représente bien les personnages avec leurs forces et leurs faiblesses.
    Dans cette villa sise on ne sait trop où, sans doute au sud de l’Hexagone, le personnage de Romain Borghèse, c’est un peu toi : nietzschéen, ne buvant que de l’eau et adepte du footing.
    Les figures de Noémie, d’Athéna, de Laura, de Camille, jeunes ou moins jeunes, sont réussies.
    Et on se laisse porter par cette histoire, lente en son début, mais chargée de sensualité et d’érotisme.
    Vraiment réussi !
    J’aime quand tu évoques la beauté de Mimsi Farmer (ainsi que je l’évoquais moi-même dans Midi à la source). Et aussi de Dominique Sanda (dans Le jardins des Fizzi-Contini !)
    Je souhaite le meilleur succès à ton roman ; il le mérite.

  5. Pourrait-on dire que ce que tu écris serait du Corneille touché de hussarderie (*) et de chair ?
    Avec l’odeur des lauriers roses, le soleil et les t-shirts blancs comme choeur.
    Hussarderie, j’entends : quelque chose dans les choses, leur perception ; une ambiance ; des riens ; les silhouettes des personnages.
    Autrement, je me dis qu’un païen pourrait se complaire à Villa Dampierre. Les corps, le désir, une Athéna dénudée au soleil, la nature méditerranéenne…etc., suffiraient à le transporter ; et qu’il y verrait des résurgences paniques.

    Nota : (*) « Hussarderie » renvoie au mouvement littéraire dit « les Hussards ».
    Bien que contestées, les références aux auteurs hussards sont précises : Déon, Blondin, Laurent, Nimier.
    Les maîtres des « Hussards » furent Morand et Chardonne.

  6. Je viens d’achever la lecture de Villa Dampierre.
    A la vérité, cela faisait longtemps que je n’avais lu un roman. Et le tien est bien troussé, vraiment. Un thème un peu à la Sagan, cinquante ans après, avec la tristesse aussi. Et bien de l’ironie, j’y ai trouvé. Tes personnages sont vrais. On ne lâche pas le livre. Bravo.
    ( J’ai une petites questions sotte : quel est l’auteur madérisé que la charmante Noémie dévore ?)
    Nota : Hier, je suis allé vérifier, t’ayant lu, que la mémoire du « galopin » avait disparu des rades parisiens.
    Tel est le cas. J’ai gueulé ; et asséché, comme un con, un demi.
    J’ai toujours aimé les galopins ; ne se poussent pas du col

  7. Françoise Burg, Professeur de Lettres et licenciée en psychologie.
    Françoise Burg, Professeur de Lettres et licenciée en psychologie. 20 décembre 2015 at 20 h 11 min . Reply

    Je pense que tu as bien écrit un roman poétique. Ton écriture est toujours souple, fluide, élégante. Certaines pages sont musique, beauté et échappent au temps. Certains passages s’affichent clairement comme poèmes. Bonne construction dramatique avec l’énigmatique présence de Noémie, rejointe par celui qui se révèle surprenamment son frère, Maxime.
    Mais quel milieu clos ! Etouffant malgré la douceur de cette fin de printemps ; que de huis-clos souvent « hot », torrides, un peu à la Tennessee Williams ! J’ai été quelque peu surprise par la violence qui sous tend la trame du roman et, de même, surprise par ces luttes relationnelles dont la fin des rounds est souvent un gong sexuel. Peu de place à la tendresse dans ce monde. Seule Noémie l’appelle en s’adressant à son frère d’arme. Un bel orage final pour tout laver, tout refroidir… avec l’échappée, comme dans une farce, des deux compères Noémie et Maxime

  8. Françoise Burg, Professeur de Lettres et licenciée en psychologie.
    Françoise Burg, Professeur de Lettres et licenciée en psychologie. 22 décembre 2015 at 20 h 32 min . Reply

    Voici comment je vois les personnages :
    Romain Borghèse : Le Seigneur, le Maître (du moins qui se prend pour tel), mégalomane, nombrilique — alors que, vieillissant, ses proches le voient comme un vieux radoteur. Don Quichotte moderne à l’alchimie étrange dont  » l’égoïsme devient énergie » qui  » combat le réel  » pour atteindre  » les portes de l’affirmation de soi et de la vraie vie ». Asocial, autocentré, clôturé sur lui même. « Responsable mais pas coupable » (comme a dit je ne sais quelle politique), qui accède un peu, heureusement, à la culpabilité à la fin, mais seulement pour un soir (avec un homme tel que lui, cette culpabilité ne peut être qu’éphémère). Il s’humanise enfin par cette culpabilité qui le réinscrit dans le réel : le temps passe, la vieillesse est bien faiblesse, la jeunesse n’est qu’un âge de la vie. Et puis, non, être écrivain ne justifie pas tout, comme il voudrait le croire et le faire croire. « Puant » (c’est de moi ) et pervers dans ses relations avec les femmes : dominer (les femmes aimeraient ça), et la présence de cette  » petite », son objet sexuel sous prétexte de la protéger.
    Maxime : Lucide, il a bien cerné Romain capable de retomber toujours sur ses pattes et de « se trahir sans la moindre culpabilité ».
    Laura : Plutôt équilibrée, elle est un peu trop drapée dans son extérieur altier. Comment peut elle accepter la présence de Noémie ? (un peu comme ces mères qui ne voient pas le père incestueux). Aurait elle renoncé par confort?
    Enzo : Si Maxime et Noémie ont été victimes de maltraitance dans leur enfance par leur père, il n’en est pas de même pour Enzo, même s’il y a l’épisode de la forêt. Le conflit entre le père et le fils, le  » tuer le père « , n’est qu’une image psychanalytique de la difficulté des rapports familiaux, sans que, me semble- t’ il , ce soit la dominante réelle des relations entre Enzo et son père ; ce serait plutôt l’égoïsme de Romain qui en ferait la dominante.
    Athéna : Sa jeunesse, son admiration, les promesses qu’elle porte en elle… Elle a l’intelligence de partir.

  9. J’ai lu ce roman avec plaisir — à mon âge on est intransigeant et l’on referme vite les livres. (Je n’ai pas pu relire en entier les romans d’Edmond de Goncourt ; il y a pourtant de belles pages de descriptions, lentes et appliquées).

    Villa Dampierre change des romans narcissiques (de Duras à Angot), mais ce n’est pas facile de faire évoluer autant de personnages. L’intérêt est que l’on ne devine pas ce que vont être les « affinités électives » et les personnages qui restent le bec dans l’eau. La technique des journaux donnent plusieurs focalisations et empêche l’écrasement, souvent sensible quand il y a un personnage-narrateur-principal.

    Il y a aussi cette volonté de la description dite « inutile », à faire frémir Radiguet-Cocteau. Description du parc, petit arrêt d’Enzo sur le bas-côté (p.21), le bar « Le Galopin » — mais qui boit aujourd’hui des galopins ? ça remet un peu de baroque dans le roman.
    Description donc, et insistance, aussi, à situer les personnages (filles filiformes à déplaire à Rubens) par leurs vêtements.
    J.-K. Huysmans eût apprécié les adjectifs rimbaldiens : « ombre inquiétante », « soleil revendicatif », « sieste crapuleuse » (p.25), une « lueur vaine » (p.33) « ville résignée », liberté vague » (p.35), « intensité de ses fourmillements intimes » (p.37), « parenté subtile ».

    Je note la volonté à utiliser l’imparfait du subjonctif et j’ai bien aimé l’emploi du conditionnel du premier paragraphe, puis pp 56-57, pour dire le monde sur-réel dans lequel s’installent ces deux « imbéciles heureux ». On a tous envie d’être un imbécile heureux plutôt qu’un surhomme, à quelques exceptions nietzschéennes près.

    Nota : — Un psy lacanien noterait les sept « sans que » du texte et ferait un commentaire.
    — Avec le subjonctif imparfait archaïque on peut aussi employer, plutôt que le moderne « avant que ne », l’ancien « avant que » non affublé de son « ne » ( Lacan disait : « C’est le noeud de l’affaire »).

  10. Philippe Sabot, Professeur de Lettres et licencié en littérature portugaise
    Philippe Sabot, Professeur de Lettres et licencié en littérature portugaise 7 janvier 2016 at 19 h 59 min . Reply

    Je viens tout juste de terminer la lecture de Villa Dampierre .
    Je suis, bien sûr, sensible au style qui rend ton roman dynamique, mais aussi à la manière dont tu présentes les personnages.
    Au fil de ma lecture j’ai pris beaucoup de plaisir à voir leur évolution psychologique, leurs réflexions, leur navigation dans cet espace clos.
    Je retrouve aussi les thèmes qui te sont familiers et que la fiction te permet de développer.
    Une agréable surprise : quelques scènes érotiques assez suggestives…
    C’est, pour moi, un livre qui te ressemble, une vraie réflexion sur les rapports difficiles entre les parents et les enfants.
    Comment aider ces-derniers à trouver le chemin de leur propre liberté ? Quel sens donner à sa vie ?
    Et que dire sur les passages qui évoquent la fuite du temps ?
    Ton livre, à titre personnel, m’a ouvert des pistes de réflexion.
    Voilà, en quelques mots, en quoi ton roman me touche particulièrement

  11. Bernard Castagnet, Professeur, Ex-Président de la Libre-Pensée de Pau, Pyrénées-Atlantiques
    Bernard Castagnet, Professeur, Ex-Président de la Libre-Pensée de Pau, Pyrénées-Atlantiques 15 janvier 2016 at 13 h 19 min . Reply

    J’ai lu ton roman d’une traite, quelques jours après sa réception. Il y a bien longtemps que je n’avais lu une fiction. Autant t’avouer que ce n’est pas sans quelques réticences que je suis entré dans le récit, à cause de l’ambiance un peu aristocratique qui y est développée. Comme, de même, j’ai été troublé par l’évocation un peu ironique que tu fais des lecteurs de Breton (dont je fais partie). Mais cela s’est vite arrangé. Car l’important n’est pas là ; il est dans le plaisir que j’ai pris à lire ton livre. Plaisir dû, tout d’abord, à ton écriture particulièrement agréable (impression de légèreté, de facilité) que j’avais, d’ailleurs, déjà appréciée dans Libertad ; plaisir dû, ensuite, à sa construction cinématographique. Enfin, je dois dire que, même s’il est difficile de s’identifier au personnage principal, je me suis souvent trouvé en accord avec sa morale personnelle.
    Bien à toi.

  12. Béatrice Sabatté, Professeur
    Béatrice Sabatté, Professeur 17 janvier 2016 at 15 h 28 min . Reply

    J’ai plongé immédiatement dans ton roman. L’accroche, en effet, y est très forte.
    Ton style est très agréable et les descriptions super ciselées.
    Le scénario est très bien amené, la tension avec.

  13. J’ai lu et apprécié, Villa Dampierre.
    Le choix que tu fais d’une multitude de personnages (ils sont tous beaux, voire excitants, surtout les femmes…) suivis à tour de rôle m’a paru tout à fait original. Pas de héros comme dans la large majorité des romans, mais une narration « volatile » qui vient fouiner partout où il y a du vice, et des grivoiseries, jusqu’à rentrer dans la tête d’un personnage. J’adore le principe.
    Impossible de rester indifférent à ce désagréable Romain (par moments, on a envie de lui fermer son clapet), à cette mystérieuse Noémie, ou à la voluptueuse Camille (bien que personnage secondaire)… La tension érotique, qui ressort des pages où la séduction se fait, est assez élevée et donne pas mal envie d’être Enzo, Maxime ou Romain (même si leurs libertinages frôlent l’immoralité).
    Enfin, le tout semble assez noir et pessimiste, notamment à cause des théories guerrières de Romain, et tout ce petit monde, au delà de son évidente érudition, me semble beaucoup plus égaré qu’il ne veut bien l’admettre. L’intellect, oui, mais au service du mal-être, très peu pour moi. As-tu écrit l’éloge des « imbéciles heureux » ? Je n’irai pas jusque là, mais la vie de tes personnages semble tellement complexe qu’on se demande, par moments, si tu n’as pas voulu les accabler.
    Les lieux semblent fictifs (ou alors j’ai raté des indices)… As-tu écrit l’Hérault ? La côte d’Azur ? En tout cas, appelle moi quand Noémie se baigne nue dans la piscine !

  14. J’ai emporté en vacances votre roman Villa Dampierre, déposé à mon attention à l’université.
    Le début m’a bien intéressé : les personnages sont bien campés ; les développement moraux, bien que parfois un peu longs, trouvent bien leur place et leur sens. La confrontation entre la jeunesse et l’âge mûr est posée avec acuité, me semble-t-il, et juste assez d’humour.
    J’avoue avoir été en revanche déçu par le/les dénouement(s) des fils de l’intrigue. Le sexe sert d’échappatoire facile et les personnages se défont quelque peu dans cette précipitation des corps les uns sur les autres. Merci néanmoins d’avoir accompagné mes pluvieuses soirées vendéennes.

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